La génèse du projet


Un facteur déclenchant
C’est au troisième trimestre de 2006 que nous avons commencé la réflexion autour de la Scic. La situation financière du Cres Nord – Pas-de-Calais ces dernières années nous a conduit, en tant que salariés, à rechercher des alternatives. Devant l’incertitude des fins de mois, face au cynisme des financeurs (et notamment la défiance et la défection de l’Etat, par l’intermédiaire de la DRASS), nous avons voulu réagir. Cette réaction, nous ne l’avons pas souhaité individuelle, nous ne l’avons pas envisagée indépendamment du Cres...

Une réflexion engagée et collective…
L’idée de créer une société coopérative est partagée avec un administrateur du Cres (Thierry Monier) en présence du trésorier de l’association (M. Lurson) à l’issue du Conseil d’Administration du 30 novembre 2006 Nous avons rapidement tenu à associer à la réflexion les autres salariés notamment lors d’un séminaire de l’équipe, le 12 décembre 2006. L’ordre du jour portant sur la programmation de l’année 2007, nous avons animé un groupe de travail sur la coopération. Lors de la restitution collective, nous avons alors présenté le fonctionnement d’une Société Coopérative ainsi que la monnaie SOL .

A l’issue de cette rencontre, notre noyau de 5 salariés du Cres a souhaité proposer d’autres rencontres sur le temps personnel afin de poursuivre la réflexion avec ceux qui le souhaitaient.

Dès janvier 2007, ces rencontres n’ont concerné que notre noyau de 5 salariés, tous membres du pôle communication. Des recherches de cohérence entre notre projet et celui du Cres nous ont conduit à envisager non une Scop mais une Scic. Nous avons alors souhaité nous rapprocher de l’Union Régionale des Sociétés Coopératives de Production, organisme ayant pour mission l’accompagnement à la création et reprise de sociétés coopératives de production, la validation économique des projets et l’audit coopératif annuel des sociétés coopératives.

Abordée en question diverse lors de la séance du Conseil d’Administration du Cres, le 13 février 2007, c’est à la suite de rencontres ultérieures avec Loïc Cloart – directeur du Cres (19 mars) et M. Haguenoer (6 avril) – président que nous avons eu l’occasion d’inscrire la Scic à l’ordre du jour du Conseil d’Administration du 15 mai puis de l’Assemblée Générale du 11 juin 2007.

… correspondant à un choix délicat mais assumé…
Choisir la création d’une Scic n’est pas choisir le chemin le plus facile. Nous aurions pu envisager d’autres réponses : du départ isolé à la création d’une Scop (Société Coopérative de Production) en passant par la SARL classique. Et en final c’est vers la Scic que nous nous sommes résolument tournés. Car nous croyons aux valeurs de l’économie sociale qui ont abouti en 1901 au statut de l’association. Mais nous croyons également à l’économie solidaire qui a abouti en 2001 au décret sur les Scic, tentant ainsi de relier ce qui pouvait apparaître comme une organisation reposant sur la démocratie (l’économie sociale) à un but (l’économie solidaire) .

De notre point de vue, il s’agit d’un pari. Pari vis-à-vis de nous-mêmes, sur notre propre capacité à créer notre entreprise. Pari également vis-à-vis d’une relation avec le Cres reposant non sur la compétition, la concurrence mais bien sur la coopération (co-opération) autour de projets communs. En effet, le choix de la Scic ne correspond pas au choix d’une entreprise classique. Il s’agit bien de faire en sorte que notre projet soit partagé et reconnu par nous-mêmes et par nos partenaires associés comme utile socialement. C’est dans cet état d’esprit que nous l’élaborons. Si la démarche d’éducation pour la santé nous est commune, nous nous relions également aux mouvements d’éducation populaire en tant que « auto-éducation du peuple par le peuple » . Il correspond également à une volonté : face à la précarité de plus en plus importante du secteur associatif, la volonté de ne pas laisser l’éducation pour la santé aux mains d’une économie exclusivement marchande, sans aucune référence à l’économie sociale et solidaire.

Profondément éthique, ce projet n’est pas pour autant utopique. Il s’appuie sur plusieurs réalités : celle de Scic existantes. Mais aussi un vécu antérieur. Pour deux d’entre nous, la création d’entreprise a déjà été une réalité dont nous avons amplement débattu. Notre partenariat avec l’URSCOP est également de ce point de vue instructif et soutenant.

… et aboutissant à un projet d’utilité collective autour d’un axe : la communication.
A l’origine de notre réflexion, nous n’avions fait aucun choix en ce qui concerne l’activité spécifique de la Scic. Elle pouvait tout à la fois concerner la partie de ce que nous nommons le « hors CPO » (lire le hors convention pluriannuelle d’objectif) ou reposer sur l’un ou l’autre des pôles de compétence présents au Cres. Si la réalité de la mobilisation et de l’adhésion salariale à ce projet s’est rapidement orientée vers le pôle communication, force est de constater que cela n’est pas lié au hasard. Il ne s’agit pas ici de mettre en avant telles ou telles individualités mais bien de faire une analyse de la situation.

La communication, si elle a toujours été souhaitée et revendiquée par la direction et le bureau du Cres, reste une activité qui n’est pas « reconnue » à l’extérieur de l’association. Non pas que la qualité des prestations offertes jusqu’à présent soit remise en cause. Il s’agit beaucoup plus d’une posture de nos partenaires qui démontre les limites du secteur associatif dans ce domaine. L’activité de conseil méthodologique, de formation et de documentation, dont la plus value correspond à ce que nous conviendrons de nommer « matière grise » peut tout à fait trouver sa légitimité en secteur associatif (il s’agit d’ailleurs des pôles de compétences reconnus par l’INPES vis-à-vis de la démarche qualité ; la communication en est explicitement exclue ). Certes l’activité de communication également mobilise une « grise matière »mais elle répond aussi à un autre impératif : celui de la production, de l’édition. L’édition de supports pédagogiques par le Cres avait déjà soulevé cette question antérieurement. Mettre à disposition du Cres, et à travers lui, une organisation facilitant l’édition, la production et la valorisation de sa « matière grise », sa plus value au service de l’éducation pour la santé est une clé de lecture de notre projet.

A travers ce projet de Scic nous poursuivons également un second axe de développement. Si le Cres, du fait de son histoire, s’est toujours positionné comme étant « au service des politiques de santé », la Scic se propose d’être également « force de proposition et soutien aux initiatives santé» sur le plan de la communication. Il s’agit bien pour nous d’être un dispositif au service de la créativité, du développement des personnes et de leurs actions.

Dans une lecture « systémique » du contexte des associations, nous sommes convaincus que l’ « associatif » n’a plus les moyens de répondre à cette exigence. Avant les années 1990, le rapport entre associations (demandeurs) et les institutions (offreurs) rendait possible la créativité et la réponse à des besoins non couverts par le législatif et/ou le secteur marchand. Les rapports se sont inversés aujourd’hui. Il apparaît que les institutions prédéterminent la demande transformant les associations en offreurs mis en concurrence avec le système marchand (les nouvelles orientations ne nous parlent-elles pas maintenant d’appel d’offre ?). En basant les modalités de financement des associations exclusivement sur les actions au détriment de subventions (pour toute ou partie) de fonctionnement et en interdisant les comptes de réserves dans la comptabilité des associations, le système a contraint ce vivier d’expérimentation et de développement alternatif à se muter en « opérateurs ». Il ne s’agit pas d’opposer ici l’association et la Scic mais bien d’en montrer la complémentarité au profit non pas d’intérêts privés (ce qui est interdit dans le cas d’une Scic) mais bien de ce qui nous réunit : l’utilité collective dans le champ de l’éducation pour la santé.